Introduction
L’Union Nationale des Étudiant-e-s du Luxembourg (UNEL) tient tout d’abord à rappeler l’importance fondamentale d’une aide financière publique adaptée, équitable et réellement accessible, afin de garantir que toutes et tous puissent poursuivre des études supérieures sans que leur situation socio-économique ne constitue un frein. Le projet de loi actuellement présenté par le ministère vise à clarifier le dispositif existant et à améliorer certains aspects de l’ancienne législation. Plusieurs avancées positives vont dans le sens des revendications que l’UNEL défend depuis de nombreuses années : l’indexation semestrielle, la majoration pour frais d’études, l’adaptation de la prime de réussite ou encore la réduction du taux d’intérêt appliqué au prêt étudiant. Ces améliorations témoignent de la reconnaissance progressive des besoins concrets de la communauté étudiante.
Cependant, l’UNEL regrette profondément de n'avoir été associée ni à la conception de ce projet de loi ni à ses phases préparatoires, alors même qu’elle représente légitimement les étudiant-e-s concerné-e-s. Cette absence de consultation a pour conséquence que plusieurs réalités quotidiennes ne sont pas suffisamment prises en compte dans la version présentée. Parmi celles-ci, l’inégalité de traitement des enfants de parents frontalier-ère-s souhaitant étudier en dehors du Luxembourg en rapport avec la bourse de mobilité ainsi que l’inadaptation de celle-ci aux distances parcourues ou au coût réel de la vie dans certaines villes d’accueil, ou encore la persistance d’un mode de calcul de la bourse sociale créant des effets de seuil lourds et pénalisants. À titre d’exemple, même les étudiant-e-s issu-e-s de familles au revenu proche ou inférieur au salaire social minimum peinent à atteindre un niveau de ressources couvrant un loyer moyen[1] dans des villes comme Paris, où un logement de 20 m² peut dépasser les 700 € mensuels[2]. À cela s’ajoute le fait que de nombreux-euses étudiant-e-s ne reçoivent aucun soutien financier de leurs parents, malgré les revenus théoriques de ceux-ci, ce que le calcul actuel ne permet pas de refléter.
De même, l’inclusion du revenu du nouveau conjoint du parent responsable dans l’évaluation des ressources familiales ne correspond pas à la réalité vécue dans la majorité des familles recomposées et réduit injustement l’accès à la bourse. En parallèle, la prise en compte du revenu étudiant, et sa conversion brutale en prêt dès que celui-ci dépasse 80 % du salaire social minimum, a pour effet d’encourager l’endettement plutôt que de soutenir l’autonomie financière, alors même que travailler est souvent indispensable en raison du caractère insuffisant de l’aide. Enfin, l’absence de reconnaissance du volontariat comme activité accessoire aux études continue de dévaloriser le temps investi par les étudiant-e-s dans l’engagement civique, associatif ou social.
Ainsi, si l’UNEL reconnaît les avancées contenues dans ce projet de loi, elle constate également qu’il demeure encore éloigné de la réalité sociale, économique et familiale des étudiant-e-s. Les ajustements nécessaires sont significatifs et doivent être intégrés pour garantir une aide réellement juste, cohérente et adaptée.
C’est pour cela que l’UNEL :
- Dénonce l’absence de consultation des organisations étudiantes représentant les droits des étudiant-e-s dans l’élaboration du projet de loi et exige que celles-ci soient systématiquement intégrées à toute réforme future touchant aux étudiant-e-s ;
- Demande la reconnaissance du volontariat comme « travail accessoire aux études » dans la législation ;
- Revendique une réforme de la bourse de mobilité intégrant :
- Un calcul basé sur la distance réelle entre résidence et lieu d’études,
- Une adaptation au coût moyen de la vie dans la ville d’accueil ;
- Demande une révision de la bourse sociale comprenant :
- Une augmentation des montants pour refléter les coûts réels de la vie étudiante,
- Un échelonnement plus progressif pour éviter les effets de seuil,
- Un mécanisme permettant de tenir compte des étudiant-e-s non soutenu-e-s par leurs parents malgré leurs revenus théoriques ;
- Exige que seul le revenu du parent assumant effectivement la charge de l’étudiant-e soit pris en compte, et non celui d’un conjoint ou partenaire n’ayant pas d’obligation envers ce et cette dernier-ère ;
- Revendique que le revenu de l’étudiant-e ne soit plus comptabilisé dans le calcul de l’aide, afin d’éviter que l’emploi nécessaire à sa subsistance ne conduise à la perte de la bourse ;
- Demande une révision du schéma 50/50 entre bourse et prêt pour la majoration liée aux frais d’études, afin de limiter l’endettement ;
- Appelle le ministère à intégrer ces modifications avant le vote final et à garantir une aide financière réellement accessible, équitable et adaptée à toutes les situations étudiantes.
[1] Le salaire social minimum se trouve actuellement à 2.703,74 € par mois. Avec le loyer moyen au Luxembourg étant à 1.747 € (https://paperjam.lu/article/la-situation-du-marche-immobilier), il restera environ 956.74 € par mois aux parents. Avec une somme pareille, il est malheureusement difficile aux parents d’aider financièrement leur enfant.
[2] https://edito.seloger.com/conseils-d-experts/louer/logement-etudiant-loyer-paris-grandes-villes-article-18973.html
